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Un organisme et son histoire

Un organisme et son histoire

« Des livres et des réfugié.e.s » (DL&DR), c’est le nom évocateur qu’a donné Adis Simidzija à sa fondation et maison d’édition, marquées par son histoire et celle de plusieurs immigrants.

L’enfance d’Adis 
Lorsque le jeune ressortissant bosniaque et sa mère quittent la guerre pour débarquer à Trois-Rivières en vue d’un nouveau départ en 1998, les débuts ne sont pas faciles. En effet, malgré ce vent de renouveau, c’est bien avant, pendant la guerre avec la Serbie, que l’histoire commence. Adis explique y avoir perdu son père, un civil innocent assassiné par la police serbe. Comme si ça n’était pas suffisant, la mère d’Adis en procédant à l’identification du corps de son mari, l’a retrouvé dans une fausse commune, alors qu’on lui ait prétendu qu’il avait été envoyé en camp de travail. Au moment de ces périples et, peu après, de son arrivée sur le sol québécois en tant que réfugié de guerre, Adis est âgé de 9 ans. 

Au Québec encore, l’enfance d’Adis demeure longtemps troublée par son vécu. À ce moment de sa vie, Adis ni ne parle, ni n’écrit, ni ne comprend le français. Il ne peut donc pas exprimer ses besoins primaires tels que la faim ou la peur par des mots. Ayant pourtant un peu moins de 10 ans déjà, il se contraint à pleurer pour exprimer sa faim et à crier pour exprimer sa peur. Naturellement, Adis a entrepris au commencement, ses études primaires en francisation. Malgré toutes les difficultés, un vent optimiste est venu le rafraichir et a eu un impact décisif sur sa personne. Il explique qu’une enseignante de l’école primaire Saint-Philippe, restée gravée dans sa mémoire sans pour autant qu’il se rappelle de son nom, lui inculqua par un simple propos et sans le savoir, l’amour de la langue française : « Vas-y ! Écris quelque chose, n’importe quoi. Ce n’est pas grave de mal écrire un mot ou de l’écrire dans ta langue. Ce n’est pas grave de faire des fautes. On va les corriger ensemble. » Cette phrase a eu un effet déclencheur dans son parcours de vie et scolaire, mais malgré tout, les difficultés perdurèrent longtemps. À partir de la 3e secondaire, Adis eut à travailler à temps plein tout en jonglant avec ses études afin d’aider sa famille à s’en sortir financièrement. Il reçut de nombreuses insultes et commentaires négatifs sur ses capacités scolaires de l’époque, mais il ne les laissait pas l'affecter plus que cela. En effet, il avait des priorités. Se faire traiter de cancre ou encore d’imbécile, n’allait pas l’atteindre étant donné que ceux qui lui adressaient ces commentaires n’avaient aucune connaissance de sa situation. Aujourd'hui, Adis est reconnaissant envers chacun de ses enseignants, surtout face à Carmen Lemire, enseignante de français de 4e secondaire, qui avait cru en lui et qui, par conséquent, lui a permis de croire en lui-même, de croire qu’il pourrait devenir quelqu’un. Et il a répondu à l’appel: plus tard, Adis a obtenu sa maitrise en littérature et a poursuivi son doctorat afin de vivre de son premier amour, la langue française.  

Fondation  
Il y a donc 5 ans, Adis a pu redonner à la communauté qui l’a accueilli, en démarrant sa fondation « Des livres et des réfugié-é-s » ainsi que la maison d’édition à but non lucratif DL&DR. Ce projet a pour but d’aider les immigrants de première génération à s’intégrer à leur société d’accueil, le Québec, par l’entremise des mots, de la langue française et, par extension, d’un ensemble d’activités enrichissantes sur ce plan-là. Un fait intéressant est que la première publication de cette maison d’édition fut un recueil de poème écrit par Adis lui-même. Il exprime que par le français, par la poésie, par l’écriture, il a su dire à sa mère ces choses qu’il n’avait jamais pu lui dire auparavant. Son œuvre l’a rendue fière et elle a permis à Adis et sa mère de renouer. À l’aide des fonds amassés par la maison d’édition, Adis arrive à fournir aux jeunes immigrants dans le besoin, des fournitures scolaires complètes tant il explique que lui n’a pas souvent pu se procurer la totalité des effets demandés durant sa jeunesse. C’est pour lui une manière d’aider du mieux qu’il peut. En plus de l’aide matérielle fournie par sa fondation, Adis souhaite d’abord et avant tout que cette dernière soit le pont entre l’immigrant et sa société d’accueil, que ce dernier puisse s’épanouir au maximum en tant que québécois. Adis n’est désormais plus cet enfant qui ne s’exprimait que par des gémissements ou des cris: il est désormais un homme accompli de 32 ans, marié à la langue de Molière qui met du sien pour aider les gens qui partent d’aussi loin que lui